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Art Paris 2018 / Galerie Pascal Vanhoecke / Grand Palais

19 h 51 min , 15 avril 2018 Non classé 0

La Galerie Pascal Vanhoecke a présenté cette année à Art Paris, au Grand Palais, seize œuvres d’Hervé Szydlowski sous la forme d’un polyptyque couvrant la période 2007-2017, depuis sa recherche des nus sur fond noir jusqu’à sa toute dernière série des Masques, surprenante fantasmagorie où le nu flamboyant se rehausse de parures vénitiennes.

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L’oeil de la photographie

A quoi sert donc un masque dès lors qu’on n’a plus rien à cacher ?

Hervé Szydlowski explore la somptueuse et pulsatile beauté des corps naturistes depuis vingt ans, au-delà des tabous qui figent et sclérosent, des préjugés qui suffoquent, des peurs qui étranglent, des pudeurs qui étouffent.

Il ne fait pas du nu. Comme on traite d’un genre bien délimité de l’art de la photographie. Faire du nu, c’est demander à ses modèles de se déshabiller pour les photographier. Or ce n’est pas le cas ici. Le modèle est déjà nu. Dans le sens inverse il peut lui demander de se vêtir d’un masque. Une touche d’ironie malicieuse ? Un zest d’attentat poétique ?

Hervé Szydlowski témoigne avant tout d’un état d’esprit, furète dans les plis des corps ou les rondeurs des chairs pour y dénicher la beauté, la vraie, rebelle et accidentée parfois, celle qui défie, celle qui exulte, celle qui dérange. C’est le témoignage singulier d’une anthropologie sauvage, où l’humain tente de se retrouver, dans sa nudité, où le photographe capte cet insatiable et fragile désir de liberté.

Le masque a une fonction cathartique à tous les âges de l’humanité, et dans toutes les civilisations. Le masque cache, intrigue, fait rire, le masque excite, effraie, soigne, le masque danse, caricature, exagère, le masque trompe, décore, bouscule. Le masque assoit le pouvoir et libère l’émotion.

Mettre un masque, de carnaval vénitien de surcroît, à un corps nu, c’est greffer l’inconcevable, le grotesque, le burlesque, faire naître l’intrigante équivoque, un éblouissant et dramatique contraste.

Et si le masque était ici pour montrer et non plus pour cacher ? Montrer que ces corps tous très différents, loin des vanités et glorioles, sont pleins d’une vie insolente, fière et tranquille, désencombrée et minimaliste. Abandonner le paraître pour être. C’est le pari de ces humains nus et masqués, qui se jouent de l’accessoire et qui savent pertinemment où est l’essentiel.

Renaud Poillevé

 

Art Paris 2018, La Photographie en bonnes places